vendredi 26 avril 2019

Chaque jour nous nous asseyons un peu plus près...


- Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ?

- C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens..."

- Créer des liens ?

- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...

Si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...

- Que faut-il faire?

- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...






jeudi 18 avril 2019

24 heures


24 et quelques heures de lui...


C'est 24 heures de premières fois, pour lui comme pour nous.

C'est son regard grave et sérieux quand nous nous sommes rencontrés, puis la sidération du long trajet en minibus.

C'est la surprise effrayée devant le premier bisou, lui qui ne connait pas ces gestes.

C'est la difficulté à accepter le lâcher prise du sommeil, devant un monde entier qui change pour lui.

Ce sont les merveilleuses attentions du Centre qui en a pris soin, de vrais cadeaux pour nous, pour lui.

C'est le premier éclat de rire, le temps à le bercer de paroles pour qu'il s'endorme, l'enchantement de ses découvertes.

C'est la confiance qu'il commence à nous concéder, la tendresse timide qu'il veut bien recevoir.

Et aujourd'hui, c'est aussi un premier câlin spontané, qui nous a ravis et surpris.

24 heures de toi, et tu as bouleversé nos coeurs.


mercredi 10 avril 2019

Un pas de plus


En 2011, nous achetions une maison à rénover, espérant la remplir du rire cristallin d'un enfant. Le temps est passé vite et trop lentement, la chambre d'enfant est devenue une chambre sans berceau, puis s'est encombrée, transformée pour se trouver une fonction, ou plutôt plusieurs : débarras, chambre d'amis et bureau, tout à la fois pour ne plus être si vide, pour ne plus être en attente, comme nous avons pu l'être...

Il y a eu des voyages, des amis, de la famille, quelques chats, des pertes immenses, de l'amour, des engagements, deux ou trois éclats de voix, des mobylettes, des apéros, de la musique, et même un mariage. Il y a eu des espoirs déçus, et encore des projets. Il y a eu de la vie.

Et puis, il y a eu un chemin que nous avons pris timidement au début, jusqu'à affirmer notre pas. Et là encore, la richesse était au rendez-vous. D'autres rencontres, des émotions intenses et partagées, une réflexion qui nous a fondamentalement fait grandir, et, pas après pas, nous a mené à une meilleure version de nous-mêmes.

Il y a 8 ans, nous ne pouvions imaginer le chemin qui s'offrirait à nous, fait d'immenses joies, de peines effleurées, de petits bonheurs et de quelques malheurs...

Aujourd'hui nous n'avons plus de débarras, ni de bureau, ni même de chambre d'amis.

Et ce soir, nous dormons pour la dernière fois, à deux, dans notre maison. La chambre d'enfant est prête.


vendredi 29 mars 2019

Le 14 janvier


Et puis, un jour, un pas après l'autre, on poste l'article dont on a toujours rêvé...

Rétropédalage.

Le 14 janvier, je m'apprête à entamer une nouvelle semaine de travail, comme les autres, l'attente chevillée au corps.
C'était sans compter la révolution qui a tout emporté, dès 9 heures, avec ces quelques mots "l'année commence bien pour vous!"


J'ai appelé mon conjoint, j'ai pleuré, tremblé, virevolté dans tous les bureaux, en larmes, pour dire, pour me rendre compte, pour partir.

Nous avons un fils.

Nous nous sommes rejoints quelques dizaines de minutes plus tard, être ensemble à tout prix, pour fusionner notre enchantement, nos émotions. C'est réel, c'est en train de nous arriver...

Nous avons un fils.

La nuit que nous voulions reposante a été longue, je pouvais visualiser mes connexions neuronales, qui fusaient à grande vitesse. Impossible de se poser, de se concentrer, juste cette pensée au premier plan...

Nous avons un fils.

Et le lendemain, être à la capitale, avec notre OAA, pour découvrir son dossier, entourés de bienveillance. Découvrir le merveilleux visage de notre fils, et pleurer ensemble, et rire ensemble. Et s'aimer encore plus fort.

A la fin de la journée, reprendre la route, porter tardivement la nouvelle à nos familles, et pleurer, et rire encore. Vous avez un petit fils, un neveu, un cousin. Et puis, nous...

Nous avons un fils.

Et puis, préparer la chambre, les vêtements, sa venue. Prendre les émotions, l'impatience, les marques d'affection que nous donnent les proches, les moins proches, pour nous, pour lui. Et attendre encore, un apparentement officiel, et une date de rendez-vous.

Et un jour, toute cette attente cesse. Nous avons un fils, et nous partons à sa rencontre dans quelques jours.


vendredi 22 février 2019

L'Attente sous toutes ses formes


Qu'il est étrange le temps de l'attente en grossesse adoptive... Au fur et à mesure de l'avancée, l'attente se transforme, passe de l'inquiétude à l'excitation, de l'impatience à la sensation de ne pas être prêt... et alterne de l'un à l'autre, se mélange. 

C'est en tout cas une attente que l'on n'oublie pas une minute, tournée vers là-bas, centrée par ici. Nous avançons pas à pas vers notre petit, chaque minute lourdement égrainée est une minute de moins à supporter sans être auprès de lui.

On avance, même si l'avancée perçue est encore trop fragile pour en parler ici. Après l'hiver viendra le printemps, et nous plaçons tous nos espoirs dans l'été, pour laisser enfin une nouvelle paire d'empreintes de pas dans le sable.

Une pensée à tous ceux qui, comme nous, cheminent longuement, avec des médecins, des services sociaux ou des bénévoles, en silence ou dans le fracas.
Je n'oublie personne le long de la route, certaines sont cabossées, chaotiques, mettent à rude épreuve, mais un jour, comme nous, le voyage sera de plus en plus beau... jusqu'à atteindre l'étape tant attendue.